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Extraits d'un reportage paru dans THE PHNOM PENH POST, bimestriel
anglophone, numéro daté 19 janvier - 1er février 2001.
Traduction libre
UN CAMP NOMMÉ BOENG TRABEK
[Au cours d'un débat au Sénat le 15 janvier 2001 sur la création d'un
tribunal pour juger les anciens chefs Khmers rouges, il y a eu un moment
émouvant et tendu quand] la sénatrice septuagénaire Keo Bunthouk du [parti
royaliste] Funcinpec, une survivante du "camp de rééducation" Khmer rouge de
Boeng Trabek, réaffirma l'implication du Ministre des Affaires étrangères
Hor Namhong dans l'administration du camp.
Phelim Kyne et Vong Sokheng ont discuté avec la sénatrice Keo Bunthouk de la
vie et de la mort à Boeng Trabek.
Au début de 1976, Keo Bunthouk a suivi son mari, le délégué cambodgien
auprès de l'UNESCO, Ieng Kounsaky qui vivait jusqu'alors à Paris, quand
celui-ci décida de répondre à l'invitation de dirigeants du Kampuchea
Démocratique des Khmers rouges à retourner au Cambodge pour aider à la
reconstruction du pays.
Mais en réalité, Bunthouk, son mari et d'autres membres du GRUNK, le Front
royaliste anti-Lon Nol basé en France, se retrouvèrent finalement détenus au
"camp de rééducation" de Boeng Trabek situé à Phnom Penh.
Etabli au début de 1976 pour "rééduquer" les officiels gouvernementaux des
régimes de Lon Nol et de Sihanouk, Boeng Trabek était divisé en une section
pour jeunes d'environ 150 personnes et une section où environ 50 anciens
diplomates et officiels gouvernementaux nouvellement de retour étaient
détenus. Au moins 20 prisonniers de Boeng Trabek moururent d'épuisement lié
aux travaux forcés ou après leur transfert au centre de torture de Tuol
Sleng qui se trouvait à proximité du camp.
En 1991, Bunthouk était la seule personne sur trois témoins ayant fait une
déposition devant un tribunal à Paris au nom du (à l'époque) Prince Norodom
Sihanouk dans un procès civil initié par le Ministre des Affaires étrangères
Hor Namhong. Le procès a été initié en réponse aux propos de (l'actuel) Roi
dans une interview selon lesquels Hor Namhong avait "commandé un camp de
concentration Khmer rouge … [et était] responsable de la mort et de la
torture de plusieurs anciens membres de la résistance anti-américaine,
notamment le Prince Sisowath Metheavi". Hor Namhong a gagné son procès.
Question : De quoi vous souvenez-vous à propos de
votre retour au Cambodge en 1976?
Réponse : C'était très triste… Nous arrivions à
l'aéroport et les gens qui nous connaissaient n'osaient pas nous dire
bonjour. Ils étaient habillés tout en noir et ne disaient pas un mot. [Les
Khmers rouges] nous faisaient travailler. Nous sommes restés deux semaines à
Phnom Penh et puis ils nous ont envoyés à Battambang. Nous avons travaillé
là-bas pendant cinq ou six mois dans les champs, puis ils nous ont ramenés,
mon mari et moi, à Phnom Penh. Nous travaillions très dur… Certains
diplomates étaient avec nous, y compris Hor Namhong.
Question : A quoi la vie ressemblait-elle à Boeng
Trabek?
Réponse : Nous travaillions dur et ne mangions pas à
notre faim. Nous étions là-bas avec la Princesse [Nanette Metheavi], sœur de
la Reine Monineath, et d'autres. Il y avait des sessions quotidiennes de
critique et d'autocritique.
Question : Etiez-vous au courant de la mort et de la
disparition de personnes à Boeng Trabek?
Réponse : Nous ne savions pas que les personnes
emmenées allaient être tuées. Je pensais qu'elles étaient peut-être emmenées
à un autre camp. C'était seulement en 1981 [que j'ai appris que] les
personnes emmenées du camp étaient envoyées à Tuol Sleng et n'avaient plus
qu'environ un mois à vivre. Je ne savais pas qu'elles allaient à la mort. Je
pensais qu'elles étaient peut-être envoyées dans un camp plus difficile
parce que j'avais remarqué que [les personnes emmenées] avaient commis des
fautes légères. Je ne comprenais pas [leur mort]. S'il s'agissait de
personnes qui avaient commis des fautes graves, j'aurais pu comprendre, mais
ce n'était pas le cas, c'était des gens qui n'avaient fait que de petites
choses… c'est cela qui me préoccupe, c'est pourquoi je pense que dans tout
ce pays [sous le régime Khmer rouge] des gens étaient tués pour rien. Je
pense beaucoup à cela parce que j'ai pitié des gens qui étaient tués [qui]
vivaient et travaillaient avec moi. Je sais qu'ils n'avaient commis aucune
faute, alors pourquoi les ont-ils tous pris pour les tuer… pourquoi les
enfants étaient également tués?
Question : De quoi vous souvenez-vous à propos du
rôle de Hor Namhong à Boeng Trabek?
Réponse : Il était avec nous. Hor Namhong était le
Directeur… il a fait de sa femme la directrice des femmes [prisonnières] et
de son fils le chef des jeunes [prisonniers]. Hor Namhong critiquait les
gens [aux séances quotidiennes de critique et d'autocritique], mais nous
pouvions aussi le critiquer. Une fois je l'ai critiqué pour avoir fait de
son épouse le chef des femmes et de son fils le chef des jeunes. Toute la
famille allait à Angka Leu (rencontrait les chefs Khmers rouges) et le reste
du camp ne savait rien. Je m'étais rendu compte que nous ne savions pas avec
qui il parlait, qui Angka Leu (les chefs Khmers rouges que Hor Namhong
rencontrait) était. Je n'ai jamais su qui Angka Leu était… J'imagine qu'il
pouvait s'agir de Son Sen ou Ieng Sary [mais] je ne sais pas.
Question : Qui devrait être tenu responsable du
meurtre des détenus de Boeng Trabek?
Réponse : Maintenant vous répétez cette question et
peut-être Hor Namhong voudra m'assassiner, que m'arrivera-t-il? J'ai entendu
que Hor Namhong veut poursuivre en justice… le journal qui a dit qu'il était
Khmer rouge. Pour moi, je ne sais pas si Hor Namhong était Khmer rouge ou
pas. Je ne sais pas s'il choisissait les gens [envoyés à] Toul Sleng, mais
j'ai remarqué que quand il y avait une critique même toute petite de
quelqu'un [émise par Hor Namhong], deux jours plus tard cette personne [était
emmenée] et nous ne savions pas où elle allait. Hor Namhong dit que ce
n'était pas lui [qui ordonnait quels prisonniers devaient être envoyés à
Toul Sleng], mais je ne peux pas y croire. Qui aurait pu emmener toutes ces
personnes pour être tuées. Il était le directeur du camp… pourquoi [les
Khmers rouges] emmenaient-ils [les détenus de Boeng Trabek] pour qu'ils
soient tués?
Question : Quel était votre rôle dans l'action en
civil que Hor Namhong a initiée en 1991 contre le Roi Sihanouk?
Réponse : J'étais un témoin pour le Roi Sihanouk quand
il a dit dans un journal [parisien] que Hor Namhong était un assassin. Hor
Namhong a amené deux avocats communistes [au tribunal]… le Roi n'avait pas
d'avocat, c'est pourquoi le tribunal a nommé un avocat pour le Roi qui ne
savait rien du Roi ni de Boeng Trabek… il ne faisait qu'écouter. Les autres
témoins [la Princesse Sisowath Ayravady et Sao Kim Hong] n'ont pas osé se
présenter. Le Roi a perdu le procès parce que nous avions été convoqués les
derniers [pour témoigner]. Hor Namhong a amené de faux témoins… des
personnes qui n'étaient pas dans le camp ou qui y sont venues… quand les
choses étaient correctes et que tout le monde mangeait bien [durant les
quatre derniers mois avant la chute du régime Khmer rouge]. [Ces] autres
témoins, s'ils m'accusent de ne pas avoir étayé [le cas du Roi], ils
devraient amener les enfants des victimes [pour témoigner].
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